Une Agora

Il y a quelques mois, j’ai rencontré un ancien camarade de classe que je n’avais pas revu depuis longtemps. Tout en causant de ce que nous devenions l’un et l’autre, je lui mentionne ma participation dans Flora Quebeca. Tout fier de moi, je lui explique que c’est la seule association au Québec à s’intéresser exclusivement à la conservation de la flore sauvage. Intrigué, mon interlocuteur demande : «Et qu’est-ce que ça donne d’en être membre?» Il voulait dire quels avantages tire-t-on d’appartenir à une association qui a une préoccupation semblable?

Ce n’est pas une question aussi facile à répondre qu’il n’y paraît à première vue. L’image qui me vient à l’esprit … vient de loin, de très loin même. À une époque où en Grèce fleurissaient la philosophie et la tragédie, il y a plusieurs siècles, les gens prenaient l’habitude de se réunir à l’intérieur d’un vaste espace spécialement aménagé en plein air. On appelait cet espace un agora et le bon peuple venait y discuter des affaires de la cité. Y discutait-on de l’intérêt de préserver la flore? Probablement pas.

Participer à une association comme la nôtre, c’est un peu faire revivre cette institution très ancienne qu’est l’agora. D’une part, parce que la connaissance et la protection de la flore sont des enjeux sociaux. D’autre part, parce que vouloir protéger la flore nous incite à réfléchir sur les conséquences de nos attitudes et de nos gestes et que ces conséquences ne sont ni toujours claires, ni toujours complètement prévisibles.

Par exemple, lorsqu’un projet d’aménagement menace une parcelle de forêt riche en espèces végétales, est-il souhaitable de déménager les plantes vers un autre site? Dans ce cas, doit-on transplanter en priorité les espèces rares? Et qui devrait «payer» pour cette opération? Le promoteur du projet, l’état, les gens qui se préoccupent de la flore, ou ceux qui vont bénéficier du projet?

Ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres. Pour certains, rien ne sert de discuter, il faut agir et vite parce que ceux à qui profite la destruction de l’environnement, profitent aussi des tergiversations sans fin de leurs opposants. Mais est-ce toujours sage?

Je vous invite donc à considérer notre association à la fois comme un lieu d’échange et de débat, et comme une occasion d’agir. Les différents comités, le bulletin, notre assemblée générale annuelle, en sont les lieux privilégiés.
Au plaisir de vous y voir, ou de vous lire.

Patrick Nantel, président
Volume 3 numéro 2, été 1998