Listère australe

La listère australe est une petite orchidée présente uniquement dans l’est de l’Amérique du Nord. Au Québec, elle croît principalement dans les tourbières de la plaine du moyen Saint-Laurent. Lors du rendez-vous botanique organisé en juin 2000 dans la région de Québec, cette espèce avait été ciblée et a été observée dans six des dix tourbières visitées par les botanistes. Ceux d’entre vous qui avez participé à cette activité se souviennent sans aucun doute de Lise Boudreau. Étudiante à la maîtrise, Lise réalisait alors une étude sur la biologie et l’écologie de cette espèce, sous la supervision de Robert Gauthier, conservateur de l’Herbier Louis-Marie à l’Université Laval. Financée par le ministère de l’Environnement (Programme d’aide à la recherche et au développement en environnement), cette étude est maintenant terminée, et un rapport a été déposé en juin 2002.

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En plus de présenter les résultats des travaux de recherche, ce rapport fait le point sur la situation de la listère australe au Québec. On y apprend, notamment, que l’aire de répartition de l’espèce est plus étendue que celle qui était connue en 1999. Ainsi, la limite nordique, établie auparavant à Shannon dans la Capitale-Nationale, se situe maintenant à Laterrière au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ce qui représente une extension vers le nord de 150 km environ. Neuf nouvelles occurrences de l’espèce ont de plus été découvertes, soit la moitié des occurrences actuellement connues pour le Québec (18). Quatre occurrences historiques n’ont pu être confirmées, et deux autres sont considérées comme disparues en raison de la destruction de l’habitat.

Grâce aux inventaires détaillés réalisés, l’effectif total de la listère australe au Québec est estimé à près de 3 000 tiges, ce qui confirme sa faible abondance. Seulement quatre populations comptent plus de 300 tiges, et une seule atteint le nombre de 1 000 individus. Les cotes de qualité attribuées aux 18 occurrences actuelles de l’espèce se répartissent comme suit : deux sont de bonne qualité (cote B), 11 de qualité passable (cote C) et cinq de qualité faible (cote D).

L’analyse des nombreuses données colligées en vue de mieux caractériser l’habitat de la listère australe est venue étayer les observations des botanistes, à savoir que les bordures forestières semi-ouvertes des tourbières ombrotrophes et minérotrophes pauvres constituent son habitat privilégié. Les probabilités d’y observer l’espèce sont particulièrement élevées lorsque les quatre espèces suivantes sont présentes simultanément : l’andromède glauque, le mélèze laricin, le maïanthème du Canada et Sphagnum rubellum. Résultat moins attendu, c’est la concentration en azote sous la forme de l’ion ammonium (NH4+) qui s’est révélée, de toutes les caractéristiques physico-chimiques analysées, la plus significative.

Quant à la situation de la listère australe au Québec, l’auteur du rapport conclut qu’elle est précaire en raison surtout du faible nombre d’occurrences connues, de l’effectif global peu important, de la petite taille des populations et des menaces anthropiques qui pèsent sur son habitat. Avec un tel bilan, on peut certainement s’attendre à ce que cette espèce figure dans un avenir rapproché sur la liste des espèces légalement protégées au Québec.

Par Line Couillard